La mouette

la mouette

J’aime bien marcher au bord de la mer sous la pluie, alors que souvent la seule autre âme que je rencontre est une mouette qui me regarde curieusement, comme si j’étais le premier homme sur lequel elle avait fixé les yeux, comme si elle était capable de pensées plus complexes que celle de remplir son ventre. Hélas, il ne peut y avoir aucun lien entre nous, pas de compréhension mutuelle, rien ne circule dans les méandres de son cerveau. Il n’existe aucun moyen pour cette petite machine à plumes de surmonter la solitude ce cette vaste bande vide de terre qui nous entoure.



Je l’ai peut-être sous-estimée ? Comment puis-je savoir ? Elle est peut-être troublée comme moi par ces grains de sable innombrables et les ondulations incessantes de la mer. Peut-elle imaginer aussi la profondeur de l’océan ? Est-ce qu’elle rêve d’étoiles de mer dodues et de lits luxueux d’algues quand ses yeux sont fermés ? Est-ce que sa conscience est troublée quand elle tourne un crabe sur le dos et déchire son ventre mou tandis que ses petites pattes battent l’air, impuissantes ? Est-ce que la viande salée est à son goût ? Sait-elle ce qu’elle est ? 

Je l’ai examinée trop longtemps et elle me suspecte, ou peut-être qu’elle se lasse simplement de moi maintenant. Je ne peux pas savoir. Je la regarde s’envoler haut dans le ciel, son ascension semble laborieuse mais bientôt sans effort. Au-dessus de moi maintenant, je la regarde graver des cercles précis dans le ciel couleur de pierre grise, en un beau mouvement, vide de sens, et à elle probablement inconnu.

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